Rencontre avec la start-up Sixfold [et]

L’ambassadeur, M. Eric Lamouroux accompagné du service économique et de l’attaché de coopération numérique, a rencontré M. Märt Kelder, co-fondateur de Sixfold et M. Benjamin André-Micolon, ingénieur en chef à Sixfold et Conseiller du Commerce Extérieur de la France (CCEF).

Le 20 novembre 2020

Ce fut l’occasion pour l’équipe de se familiariser davantage avec le mode de fonctionnement interne des start-ups estoniennes et de s’interroger sur les différences d’organisation du travail entre nos deux pays.

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Une entreprise qui capitalise sur les données

En septembre 2015, M. Märt Kelder — un des cinq premiers employés de Skype — co-fonde Palleter, une start-up de logistique qui avait vocation à améliorer l’efficacité du transport de fret. Au bout de deux années et d’une courageuse remise en question, l’entrepreneur décide, avec ses collègues, de recommencer à zéro pour créer Sixfold, qui aura vocation à fournir des services de « visibilité en temps réel ». Concrètement, Sixfold collecte les données GPS et de transport de ses clients pour les informer, en temps réel, sur l’état de leur cargaison (localisation, heure d’arrivée estimée, etc.). Sixfold utilise également l’intelligence artificielle pour construire des modèles qui lui permettent ensuite de prédire les retards et alerter les entreprises en cas de problème.

Selon Sixfold, ces technologies permettent de réduire de 80% le nombre de « check calls », d’augmenter de 30% la productivité des entrepôts, et de 1 à 3% le revenu des entreprises. Cela contribue également à l’automatisation de nombreux processus commerciaux, comme les preuves de livraison, les factures ou les rapports de qualité.

L’entreprise synchronise aujourd’hui un réseau de plusieurs centaines de milliers de camions, avec un objectif à terme de 3 millions de camions, soit de couvrir toute l’Europe. Le rachat en septembre dernier de Sixfold par l’entreprise de logistique Transporeon a permis à la start-up de décupler (10x) le nombre de transporteurs dans leur réseau.

Une plateforme en open data pour aider pendant la crise

En mars 2020, Sixfold a mis à disposition du public une carte interactive permettant de visualiser en temps réel les frictions aux frontières au sein de l’espace Schengen. Les informations sur les temps de passage des camions aux frontières sont encore aujourd’hui disponibles en libre accès sur la plateforme covid-19.sixfold.com. L’outil peut ainsi servir à tout type d’acteur (directeurs logistiques, chauffeurs mais aussi responsables politiques ou journalistes). En septembre 2020, la Commission Européenne, représentée par M. Henrik Hololei, Commissaire à la mobilité et au transport (aussi de nationalité estonienne), a rendu visite aux ingénieurs de Sixfold pour les remercier pour cette initiative.

Une ambiance start-up digne de la Silicon Valley

Dans les locaux de Sixfold, l’atmosphère décontractée est digne des start-ups de la Silicon Valley. L’organisation du travail est flexible : les employés sont libres d’organiser leur temps de travail comme ils le souhaitent, tant que le travail est réalisé. Une flexibilité favorisée, en partie, par l’essor des outils de bureautique qui permettent de communiquer à distance en toute simplicité. « C’est naturel pour les jeunes entreprises », nous confie M. Benjamin André-Micolon. Cette indépendance dont jouissent les employés n’est pas la spécificité de l’Estonie, c’est justement ce qui caractérise les start-ups, précise-t-il. Nul doute que ce mode de fonctionnement est un avantage en cette période de crise sanitaire.

Interrogé sur la réussite estonienne, M. André-Micolon cite les facteurs habituels (simplicité administrative, etc.) mais surtout le facteur culturel. Les Estoniens sont en effet tournés vers l’expérience et la pratique, contrairement aux Français qui ont une approche plus théorique des choses. Ce pragmatisme explique en partie, selon M. Benjamin André-Micolon, la réussite de l’Estonie, souvent qualifiée de « start-up nation ». Toutefois, cela n’a pas empêché Sixfold d’embaucher aussi des ingénieurs français — la France étant connue pour ses cursus d’excellence. Après tout, un peu de diversité culturelle ne peut pas faire de mal. Au contraire, cela permet même d’assurer un certain équilibre entre les qualités et les défauts de chaque culture.

Dernière modification : 01/12/2020

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