Mme Michèle ALLIOT-MARIE, ministre de la défense

Le ministre de la défense, Mme Michèle ALLIOT-MARIE, s’est rendue à Tallinn les 22 et 23 juillet 2004. Elle est ainsi le premier ministre de la défense en visite officielle en Estonie depuis le retour de l’indépendance.

Le soir de son arrivée, Mme ALLIOT-MARIE a déposé une gerbe au monument du souvenir de guerre de l’indépendance et a visité la vieille ville de Tallinn.

Le 23 juillet Madame le Ministre de la Défense rencontré son collègue estonien, M. Margus HANSON, le Ministre des affaires étrangères, Mme Kristiina OJULAND, ainsi que le Président de la commission de la défense nationale du Parlement (Riigikogu), M. Sven MIKSER.

Une conférence de presse conjointe a eu lieu au centre de presse du ministère des affaires étrangères, suivie d’un discours de Mme ALLIOT-MARIE sur le thème « L’Europe de la Défense et l’OTAN, complémentaires pour notre sécurité. »

Les sujets principaux de la conversation des ministres de la défense ont été la politique de la sécurité et de la défense de l’Union européenne, les relations transatlantiques après le sommet de l’OTAN à Istanbul, ainsi que la politique internationale de la défense. Les ministres se sont mis d’accord pour la collaboration ultérieure qui comprend également la formation militaire des officiers estoniens et les missions de la garantie de paix. M. HANSON a présenté à Mme ALLIOT-MARIE le plan du développement des forces de l’armée estonien.

Discours de Madame le Ministre de la Défense
« L’Europe de la Défense et l’OTAN,
complémentaires pour notre sécurité »
ESTONIE 23 juillet 2004

Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand plaisir d’être devant vous, aujourd’hui pour que nous parlions ensemble des problèmes de la défense de l’Europe avec ses formes et ses cadres.
Mais je voudrais, d’abord, vous dire que je suis très heureuse d’être ici, moins de 3 mois, à peine 2 mois et demi, après l’entrée de l’Estonie et des pays baltes dans l’Union Européenne, 3 mois après son entée dans l’OTAN.
Vous savez le soutien que la France et tout particulièrement le Président de la République française, ont apporté à cette entée depuis de longues années. Ce soutien vient, à la fois, concrétiser les relations amicales, les relations étroites qui pouvaient exister entre la France et l’Estonie. Elles viennent également concrétiser une volonté, qui est celle de la réunification de notre continent européen.
Nous sommes tous heureux de voir l’Estonie et les nouveaux pays entrant dans l’Union Européenne nous rejoindre, parce que nous sommes aussi à un moment important de notre histoire.
A un moment où notre continent, j’allais dire, où notre société, a à affronter un certain nombre de crises nouvelles et de crises graves.
Dans ces crises, il y a d’abord, une instabilité croissante de nos pays et l’appariation de nouveaux défis.
Nous avions cru, après la chute du Mur de Berlin, que nous allions entrer, et particulièrement sur notre continent, dans une ère de paix et de stabilité.
Nous voyons qu’il n’en est rien. De nouveaux phénomènes, de nouveaux risques sont apparus : au premier titre desquels, le risque terroriste. Et, un risque terroriste, qui prend de nouvelles formes.
Nous avions connu, pratiquement tous nos pays ont connu dans leur histoire, un terrorisme axé contre des individus, contre des personnalités qu’elles soient politiques, qu’elles soient économiques, qu’elles soient parfois aussi journalistiques.
Aujourd’hui, ce à quoi nous devons faire face, c’est un terrorisme de masse, c’est à dire, qui vise l’ensemble d’une population, d’une façon aveugle, pour créer un trouble et ébranler à la fois les principes fondamentaux de nos sociétés et ces sociétés elles-mêmes.
Or ce risque terroriste, qu’en France nous connaissions déjà, depuis un certain temps, puisque nous l’avions subi sur notre territoire, et tout particulièrement, à Paris en 1986 et 1995.Mais ce risque, nous le voyons se multiplier, partout, partout dans le monde. Sur notre continent, avec Madrid, en particulier, mais aussi sur d’autres continents, mais en visant nos ressortissants : c’est le cas à Karachi, ce fut le cas à Bali, ce fut le cas à Casablanca, ce fut le cas à Lagriba, bien entendu ce fut le cas à New York.
Parallèlement à ce premier risque, il y en a un deuxième qui se fait jour : c’est le risque de la prolifération des armes de destruction massive.
Nous voyons de plus en plus de pays, dont certains ont des régimes pour le moins incontrôlables ou incontrôlés, qui se dotent de l’arme nucléaire ou qui cherchent à se doter de l’arme nucléaire.
Et dans le même temps, nous voyons également d’autres pays et d’autres groupes également se doter d’armes chimiques ou bactériologiques ou chercher à s’en doter ; et il faut bien reconnaître que la fabrication de ces armes est encore plus facile et moins coûteuse que celle des armes nucléaires.
Et puis nous voyons aussi se multiplier les crises régionales.
Des crises régionales dont certaines affectent notre continent, lui-même. Elles sont à nos frontières. Je pense aux Balkans, en particulier.
Des crises, qui ne sont pas très éloignées de nous, et qui peuvent avoir des retombées très directes sur nous. Je pense à toutes les crises qui, aujourd’hui, agitent le Moyen Orient : Israël et la Palestine, mais également, l’Irak, mais également la déstabilisation rampante qui existe sur les pays du Golfe, qui existe en Asie centrale.
Les crises ouvertes et les crises potentielles, qui aujourd’hui parcourent l’ensemble du continent africain, où on a parfois l’impression que, dès que l’on a fini de régler une situation, il y en a une autre qui s’ouvre. Et puis nous voyons, ici ou là, d’autres crises arriver, comme à Haïti.
Bref, à la fois les affrontements intercommunautaires, interethniques, inter-religieux, mais également le délitement d’un certains nombres d’Etats, favorisent l’émergence soit de ces conflits ouverts, soit de zones d’ombre dans lesquelles prolifèrent des actes et des réseaux, qui s’apparentent souvent au grand banditisme, et qui s’accompagnent de trafics multiples : trafics de drogues, trafics d’armes, qui là aussi, peuvent aboutir dans nos pays.
Face à cela, il est donc important de nous organiser et de renforcer notre défense.
Pendant très longtemps, pour notre continent la principale et l’unique, d’ailleurs, protection était celle de l’OTAN. Jusqu’à ces toutes dernières années, seule l’OTAN pouvait nous apporter sa protection.
Aujourd’hui, l’Union Européenne, qui est une puissance économique mais qui se veut, aussi, une puissance politique, entend participer à sa propre protection à travers la Défense européenne.
Elle prend, en effet, en compte le fait que la responsabilité première d’un Etat, c’est d’être à même de défendre son territoire et ses citoyens.
Et bien, pour l’Europe, il en va de même, elle estime de sa responsabilité de défendre son territoire et ses citoyens où qu’ils se trouvent dans le monde.
Cette émergence a pu faire s’interroger un certains nombre de personnes, se demandant, justement, comment peuvent s’articuler les actions de l’OTAN et de l’Union Européenne. Certains, même, ont émis la crainte, qu’il puisse y avoir une concurrence entre les 2 institutions, voire une duplication des efforts dans ces 2 institutions et donc une redondance.
Et, ce dont je voudrais vous parler maintenant, c’est justement de la complémentarité entre les 2 institutions. Une complémentarité qui est loin de la concurrence et du double emploi.
En effet, l’OTAN est pour nous et à nos yeux, la protection ultime de l’Europe, et d’autre part, l’Europe de la Défense est nécessaire et sera aussi de plus en plus nécessaire.
L’OTAN est notre protection ultime en Europe, mais également maintenant au delà, ce qui implique certaines adaptations ou certaines remises en perspectives de ses actions et de ses moyens.
D’abord, l’OTAN est effectivement, c’est sa vocation de départ, notre protection sur le continent européen ; la France l’a toujours dit et y a toujours participé, même si sa position est une position spécifique. Mais, ne l’oublions pas, mon pays est l’un des 3 principaux contributeurs à l’OTAN. Il intervient dans la plus part des opérations de l’OTAN et nous y apportons des moyens importants.
Nous entendons garder ce rôle, car nous estimons que même aujourd’hui, nous pouvons considérer que l’Union Européenne est effectivement une zone de sécurité et de paix, on ne sait jamais ce qui peut arriver ; et donc, il est bon de garder cette ultime protection.
Mais, d’un autre côté, la question pouvait se poser, il y a peu, de savoir si l’OTAN n’allait pas purement et simplement disparaître ; puisque l’OTAN était destinée à protéger l’Europe et qu’en fait, on voyait, avec la réunification du continent européen, avec également, la participation de la Russie à certaines réunions de l’OTAN : est-ce qu’il était encore nécessaire de garder cette institution ? Et surtout, même si on la gardait théoriquement, est-ce qu’il était nécessaire qu’elle ait cette dimension et cette force.
Cette question nous l’avons résolue, en disant que « oui, l’OTAN devait demeurer ». Mais l’OTAN devait demeurer, peut être, en ayant de nouvelles missions qui justifient son existence.
Si le continent européen a une perspective sur le long terme de paix et de stabilité, il peut être aussi touché indirectement par les effets de certaines crises, qui se développent ailleurs. Et c’est ce qui nous a conduit à accepter, il y a 18 mois à peine, que l’OTAN puisse intervenir à l’extérieur du continent européen, et en l’espèce en Afghanistan.
En Afghanistan, l’OTAN a pris une nouvelle dimension, si je puis dire, en disant que lorsque des conflits peuvent intéresser ou avoir des retombées négatives sur l’Europe, nous acceptons que l’Alliance atlantique puisse ainsi s’y manifester.
Mais, bien entendu, dès lors que l’OTAN n’est plus centrée sur la protection de uniquement de l’Europe, il lui faut s’adapter ; ce n’est pas la même chose que d’avoir un système de protection lourd sur nos frontières et de se projeter à plusieurs milliers de kilomètres.
C’est la raison pour laquelle, la France soutient d’une façon active cette nouvelle institution ; et soutient en premier lieu, la NRF, c’est à dire la nouvelle force de réaction rapide de l’OTAN.
Cette capacité à se déployer, dans une durée allant de 15 jours à 2 mois, sur n’importe quel point, a priori, du monde, implique de notre part, un certain nombre d’efforts ; la France, là aussi, a voulu montrer l’exemple, en déclarant sa disponibilité sur les 5 premières rotations de la NRF.
Parallèlement, il faut avoir des procédures qui soient des procédures de décision et d’actions plus rapides. Et, c’est la raison pour laquelle, là aussi, la France a appuyé la création du commandement de transformation de Norfolk. Et nous participons, d’ailleurs, de façon très active, au commandement, en ayant 2 officiers généraux, 1 à Norfolk et 1 à Shape, participant à cette action. Bien entendu, ils sont accompagnés de moyens important, puisque notamment 110 personnels accompagnent ces 2 commandements.
Voilà donc, comment et pourquoi, nous avons estimé que l’OTAN devait demeurée et que l’OTAN devait se transformer et comment nous avons accompagné cette transformation de l’OTAN, mais pour autant, nous disons aussi que l’Europe de la Défense est aujourd’hui une nécessité.
C’est une nécessité : pourquoi ? C’est une nécessité, d’abord, parce que nos amis et alliés américains, dans le cadre de l’Alliance atlantique, nous demandent, et nous demandent depuis de nombreuses années, d’être à même d’assurer notre propre défense.
A plusieurs reprises, des Présidents des Etats Unis, des Secrétaires d’Etat à la Défense ont rappelé un peu les Européens à l’ordre, en leur demandant de faire un effort pour assurer eux-mêmes leur défense ; en menaçant même et c’était le cas à Varsovie, il y a 18 mois, de la part du Secrétaire d’Etat Rumsfeld, en menaçant que les Etats Unis se retirent s’il n’y avait pas un effort supplémentaire de la part des Européens.
Nous sommes donc incités ainsi par nos alliés à nous organiser nous mêmes et à être à même d’assurer notre défense.
Et puis, je vous le rappelais tout à l’heure, ce qui est vrai pour un Etat est vrai pour l’Europe : la première mission c’est d’être capable de se défendre, de défendre son territoire et de défendre ses citoyens.
Et puis enfin, je dirais que face à la multiplication des crises qui existent, et bien, il faut aussi que nous y prenions notre part. C’est notre rôle de membre de l’ONU.
Nous avons effectivement, à partir de là, besoin de nous organiser et c’est à ce moment là que l’Europe de la Défense prend sa véritable dimension.
C’est vrai, que dès lors que nous avons décider de créer l’Europe, nous ne pouvions pas considérer que nous allions faire de l’Europe une puissance économique, quasiment un géant économique et que par ailleurs, nous allions rester un nain politique, incapable de faire prévaloir nos idées, nos principes, nos idéaux.
Donc, on parle depuis longtemps d’une Europe de la Défense ; il y a eu des échecs, il y a eu des avancées.
Mais je dirais que, jusqu’à il y a 2 ans, pour beaucoup, l’Europe de la Défense était une perspective, dans le lointain, pour certains c’étaient une utopie.
Les choses ont radicalement changé, depuis 18 mois. Et, je puis témoigner de ce que je les ai vu changer ; je suis Ministre de la Défense depuis maintenant 24 mois et c’est vrai que en l’espace de 6 mois, j’ai vu les choses se transformer.
Les choses se sont transformées parce que on a le sentiment qu’il y a eu une prise de conscience de l’ensemble des Européens qu’il était nécessaire de rendre concrète, aujourd’hui, l’Europe de la Défense.
Et ce que nous pouvons dire c’est que cette Europe de la Défense, qui était, peut être, une utopie, un rêve ou une perspective, il y a 2 ans, est aujourd’hui une réalité.
C’est une réalité d’abord, et aux yeux mêmes de l’opinion publique, parce qu’elle se voit sur le terrain : quand vous voyez sur le terrain des militaires qui portent le drapeau européen sur leur uniforme, c’est que l’Europe de la défense existe.
Et bien, c’est ce que nous avons vu, à l’été 2003, en Macédoine ; lorsque l’Union Européenne a pris la relève de l’OTAN, en gardant bien entendu certains éléments de soutien de l’OTAN notamment au niveau des transmissions, où parce que nous n’avions pas encore tout ce qu’il fallait pour cela.
Mais, c’était bien l’Union Européenne, qui, à travers ses militaires, montrait qu’elle avait une Défense Européenne .
Et puis, nous l’avons vu très peu de temps après, presque simultanément, en République Démocratique du Congo où là aussi, c’est la Défense européenne, qui seule, cette fois-ci, sans le soutien de l’OTAN, est allée mener à la demande de l’ONU, une mission, dans des conditions extrêmement difficiles ; parce que, d’abord, c’était très loin, c’était au coeur de l’Afrique. Parce que les conditions techniques étaient extrêmement mauvaises : il n’y a pratiquement pas de pistes d’atterrissage ; comme on était en saison des pluies, il n’était pas possible non plus d’acheminer les matériels ou les hommes par les pistes ; et nous nous trouvions face à des gens qui étaient surarmés, nombreux et pour une bonne partie d’entre eux drogués, ce qui ne facilite pas les relations rationnelles.
Et bien cette opération, l’Union Européenne, les 15 pays de l’Union Européenne qui ont participé à l’opération, ont été capables de la mener à bien.
En 3 mois, partant d’une situation où il y avait des massacres de centaines de personnes, les militaires européens ont réussi à rétablir le calme, à rétablir l’ordre, à rétablir une vie normale. Et quand j’y suis allée, c’était à la fin du mois de juillet ; eh bien, j’ai constaté que dans cette région dévastée quelques semaines, quelques mois avant, la vie avait repris, avec des marchés, avec des écoles, avec, je dirais, une vie quotidienne.
C’était la première opération de l’Union Européenne, elle a été réussie et elle a été d’autant plus réussie que sa sortie a été réussie, c’est à dire que les troupes européennes ont quitté le territoire au jour dit, elles ont passé aux forces de l’ONU la suite des opérations et la situation est restée calme dans les mois suivants.
Or, réussir une opération militaire, c’est aussi, j’allais dire, avant tout, mais là j’exagère un peu, savoir réussir sa sortie.
L’Europe de la Défense existe, donc, sur le plan opérationnel, elle existe, aussi ou elle est en train de se constituer, sur le plan institutionnel. Puisque nous avons crée et nous en avons parlé ce matin, l’Agence Européenne de Défense et d’Armement, qui va nous permettre de coordonner nos besoins en matière de capacités, qui va nous permettre de coordonner notre recherche en matière d’armement, qui va nous permettre de coordonner nos achats et notre production d’armement.
En ayant le souci d’associer chacun des Etats de l’Union Européenne à ces différents éléments, sur le plan institutionnel, c’est également l’accord que nous avons passé entre nous sur la création d’une cellule de planification et de commandement qui dans les opérations telles que celles de Liturie peut nous permettre et va nous permettre d’intervenir avec moins de difficultés, avec plus de rapidité encore et avec plus d’efficacité.
C’est ce qui est prévu dans le projet de Constitution européenne, avec en particulier, la clause de solidarité, en cas d’attaque terroriste de l’un des pays de l’Union Européenne.
Et puis ainsi, l’Europe de la Défense, elle existe aussi parce que les pays européens ont décidé de se doter des même moyens d’armement, des moyens, bien entendu, totalement compatibles avec ceux de l’OTAN, tels que les avions de transports de troupes.
C’est le projet A400L, tel que les hélicoptères de transport, avec l’hélicoptère franco-allemand, au départ et qui maintenant s’élargit à l’Espagne et à 5 autres pays, des NH90, avec l’hélicoptère de combat „Tigre“ », qui était aussi au départ un projet britannique, français et allemand, et qui là aussi s’adresse à d’autres ; avec le projet „Galiléo“.
Bref, tout ceci, nous sommes en train de le faire ensemble.
Alors, c’est là que se pose la question pour certains de dire : « alors d’un côté, l’OTAN, de l’autre l’Union Européenne : comment ça marche ? »
Eh bien comment ça marche ? c’est d’une façon très concrète, l’articulation qui va se faire en fonction de la multiplicité et des caractéristiques des crises.
Dans un certain nombre de cas, l’Union Européenne, ainsi organisée, confortée par les efforts de tous les pays va travailler en tant que membre, en tant que pilier de l’OTAN, et c’est par exemple ce que nous sommes entrain de faire, aujourd’hui, en Afghanistan.
En Afghanistan, c’est l’EUROCORPS qui prend le commandement, le 11 août, des forces de la FIAS et qui va, aussi, pendant 6 mois, assurer ce commandement de l’OTAN.
Et puis, il y aura des cas, où c’est l’Union Européenne qui va prendre l’essentiel de la charge, mais en gardant le soutien d’un certain nombre de moyens de l’OTAN : c’est ce que nous allons faire en Bosnie à partir du 1er septembre.
En Bosnie, nous prenons le relais de l’OTAN ; l’OTAN se retire et ce ne seront plus que des forces européennes qui seront là.
Mais nous allons, néanmoins garder, un certain nombre de choses, l’OTAN va laisser un certain nombre de ses moyens sur place.

Et puis il y aura des cas où, l’OTAN ne pourra pas, ne voudra pas, intervenir ou bien où les Européens voudront intervenir parce que dans notre histoire, nous avons des liens particuliers avec certains pays, comme cela a été le cas au Congo où c’était les liens avec la Belgique et avec la Grande Bretagne, qui nous ont aussi amené à intervenir, à la demande de l’ONU ou c’est l’Union Européenne, qui, seule, interviendra alors avec sa Défense pour essayer d’empêcher ou de régler un certain nombre de crises.
Et ce que je veux dire simplement, c’est que, quand nous voyons les perspectives, malheureusement, de multiplication des crises dans le monde entier, le problème ne sera pas un problème de concurrence. Nous ne serons pas, nous, OTAN, et nous, Défense européenne, en train de nous disputer pour aller régler une crise. Je crains que ce soit exactement l’inverse c’est à dire qu’il n’y aura pas assez de nos forces OTAN et de nos forces Union Européenne pour essayer de mettre fin ou d’empêcher des crises, dans le monde.
Or ces crises, nous savons qu’elles nous menacent tous. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, nous sommes en train de nous doter de structures qui nous permettrons d’être plus efficaces, que si chacun des pays de l’Union Européenne s’attachent à renforcer ses efforts de Défense.
Je le dis facilement devant l’Estonie, en sachant son action en la matière, car elle a décidé de consacrer une part non négligeable de son PIB, 2% à renforcer et à moderniser ses forces.
Un certain nombre de pays le font en Europe, d’autres ne le font pas encore, et il faut qu’ils le fassent.
Aujourd’hui, nous sommes en train de monter quelque chose, je pense que c’est une grande chance pour ces nouveaux entrant dans l’Union Européenne de participer à cela, parce que c’est vrai que quand on rejoint une structure, qui existe déjà depuis longtemps, chacun y a déjà sa place, s’y insérer, pour un nouveau pays, c’est toujours un peu délicat, face aux pesanteurs, aux lourdeurs, aux habitudes, aux droit acquis, dit-on parfois, des autres pays.
Quand on contraire, on arrive au moment où se crée une structure et bien, je dirais que chacun y a exactement la même place. C’est un vrai partenariat où sur une base d’égalité, chacun a quelque chose à apporter.
Je crois que l’Estonie et les autres pays baltes ont beaucoup à apporter, ils apportent un peu de leurs moyens, nous savons qu’ils sont proportionnels à leur taille et à leur situation économique, ils apportent beaucoup de leurs connaissances, de leur expertise dans certains domaines, ils apportent énormément de leur volonté politique de construire et un monde qui soit un monde de paix et de sécurité.
Ils savent qu’ils nous aurons toujours à leurs côtés et je me réjouis que dans les années qui viennent se développent encore la coopération, la solidarité et l’amitié entre l’Estonie et la France.

Dernière modification : 02/01/2008

Haut de page